mardi 15 février 2011

Bahreïn, l'équilibriste


Oui, il semble que la situation dégénère.

Rien de comparable à l'Egypte ou la Tunisie, soit.
Mais on comptait cet après-midi entre 6000 et 15.000 manifestants (selon les sources, on s'en doute) sur le rond-point de la Perle, la Tahrir square des Bahrainiens. Tous solidaires à l'appel d'une page FACEBOOK intitulée "Jour de rage" (je me garde de traduire le nom en anglais, les sites et blogs étant sous surveillance), ceux-ci avaient défilé avec véhémence déjà hier.
Un "remake" de l'appel au "Mouvement du 6 avril" en Egypte.

Aujourd'hui, le mouvement, loin de s'éteindre, prend de l'ampleur. Le nombre de manifestants a doublé, voire triplé, en raisons de deux décès survenus entre hier et aujourd'hui.

Deux jeunes chiites -doit on le préciser- ont officiellement trouvé la mort, l'un -Ali Mcheimeh, du village de Al Diyar sur l'ile voisine de Muharraq, est décédé mardi des suites de ses blessures, survenues lors d'une confrontation musclée avec les forces de l'ordre. L'autre- Adel Salman Matrouk- fut atteint par une balle à fragmentation qui a "ricoché", devant l'hôpital où se trouvait le corps de la première victime. Si vous avez un doute sur ce que le terme "musclé" peut signifier, allez voir la video de Bahreïn sur le site du journal Libération.

Il faut dire que la Police d'ici n'est pas la même que celle de chez nous. Les envoyés des Human Rights avaient perçu le potentiel de violence: la force royale est efficace, constituée en grande partie de milices venues de Syrie, Soudan, Yemen, Pakistan ou Maroc, attirées par la promesse d'une éventuelle citoyenneté Bahreïnienne. "Même s'ils ne parlent pas un mot d'arabe!" ajoute Lulwa, assise à une table du Café Costa, au coeur du plus luxueux Shopping Center de la ville de Manama, City Center. Elle pianote sans relâche sur son Nokia, impatiente de recevoir un SMS annonçant le prochain lieu de manif. pour son clan. "On a un état sunnite qui préfère donner des emplois à des étrangers et qui exclut les chiites, alors que nous sommes les plus nombreux!" s'emporte-t-elle, en remettant rageusement son voile drapé sur sa tête.

Les Bahreïniens ont pourtant bien choisi par référendum, lors de leur indépendance en 1971, de faire allégeance au clan Al-Khalifa, lignée d'émirs arabes et sunnites. Si le pays a initié en 2001, un processus unique dans la région d'ouverture politique en réussissant la formation d'une première chambre élue de tout le Golfe, on ne badine pas pour autant avec le risque de déstabilisation du régime -sunnite- par une population a dominance chiite.

A sa décharge, l'Iran (Chiite), voisin invisible de l'autre coté du Golfe, est aussi proche que gorumand. Il est insidieusement présent dans la marche du pays à 70% chiite. En 2009, le porte-parole du parlement Iranien Ali Akber Natq Nouri avait cependant rappelé avec diplomatie que "Bahreïn était la 14e province d'Iran et disposait à ce titre, durant le règne du Shah, d'un représentant au parlement". Une intervention qui valu a l'Iran un gel total des négociations sur de futurs contrats de gaz Saudi-Bahreni. Mais le géant perse convoite ce hub de la finance et de l'énergie d'un oeil d'autant plus affûté que Bahreïn abrite la 5eme flotte américaine, composée de 15.000 hommes, chargée du contrôle des embargos, des routes maritimes et de la sécurité des détroits du Golfe. Un royaume gros comme une tête d'épingle (60km sur 80), qui pèse sur l'échiquier.

Tout autour de City Center, sur les terrains vagues qui entourent les gratte-ciel et centres commerciaux géants du centre-ville, des rangées de fourgons de Police rutilants attendent les ordres. Des escadrons prêts à l'appel.



L'autoroute principale, qui traverse le centre-ville et surplombe le "Pearl Round about" est fluide dans un sens (vers le pont de l'Arabie saoudite) et complètement bouchonnée de l'autre (vers le centre-ville): fermée jusqu'à "nouvel ordre", un terme repris par le Lycée Français sur son site. Pas de travail, pas d'école . Aujourd'hui pourtant, il faisait beau et nous sommes allés pique-niquer au Fort de Bahrain, histoire de relativiser et d'ancrer cette île dans son histoire, qui, il y a 5000 ans, était connue comme le "Jardin d'Eden", pourvue de sources d'eau douces en abondance et d'une végétation luxuriante.

Système sur mesure. Majorité Chiite, dirigée par une minorité Sunnite: la balance est délicate, et compliquée par le fait que la moitié de la population est immigrée. A la chambre des élus, le mouvement chiite al-Wefaq compte 18 élus sur 40 sièges. La Chambre dispose de pouvoirs limités. Le poste de Premier ministre est occupé par un membre de la dynastie sunnite des Al-Khalifa qui règne depuis 1783 sur Bahreïn.
SM L'émir Hamad Bin Isa al-Khalifa s'est d'ailleurs auto-proclamé roi il y a seulement neuf ans, en 2002.
Le 14 février, exactement.
Tiens donc.

PS: Seulement trois de ces photos sont miennes. Le reste= Reuters.

lundi 14 février 2011

Bahrain... 10 points!



Après l'Iran, la Tunisie, l'Egypte, l'Algérie, le Yémen... la tranquille île de Bahrain serait-elle aussi "en crise"?
De "sérieuses manifestations" contre le régime monarchique actuel (comprendre "anti-sunni") ont été annoncées depuis un mois pour ce jour de la Saint-Valentin, d'abord alimentées par un bouche-à-oreille apocalyptique, puis relayées de façon plus pragmatique par différents communiqués rissus des Ambassades au cours de ces derniers jours. Au grand jeu de l'Araborévolution, les gagnants sont, avant tout, les meilleurs communiquants.

Angleterre: 10 poins. England, 10 points.
L'Ambassade d'Angleterre fut la plus rapide à informer les citoyens britanniques en poste à Bahreïn (2 jours avant les autres). Ils furent aussi les plus concis, et les mieux relayés. (Voir le communiqué plus bas).

France, 8 point. France, 8 points.
Le communiqué de l'Ambassade de France a Bahreïn eut le mérite d'être concis, sans sensationnalisme ou extrapolation. (voir ci-après).

Pour l'Etats-Unis, 6 point. USA, 6 points.
Le communiqué de l'Ambassade des Etats Unis est arrivés le 12 février, particulièrement détaillé. Il déconseille fermement à tous les ressortissants américains de sortir de chez eux du dimanche 13 au mardi 15, jour de l'anniversaire du prophète Mohammed.

Qu'importe. Ces messages faisaient -chacun à leur façon - un peu froid dans le dos. Et le gagnant est à chercher plus loin dans ces lignes...

A cette heure , qu'en est-il de la situation?
Si vous aviez, comme moi, zappé toute la journée sur Bahrain TV, vous auriez constaté, incrédule!, que les seules images à passer en boucle étaient celles d' un stade rempli de jeunes gens en liesse, réunis pour la parade du 12 février, organisée par le gouvernement pour fêter les 10 ans du National Action Charter.
Le National Action Charter? Un document établi à l'initiative du le roi Hamad ibn Isa Al Khalifa en 2001, afin de mettre un terme aux soulèvements répetitifs d'une partie de la population - à 70% shiite - durant la décade 90. Approuvé par referendum il y a 10 ans par 98,4% des votants, le texte de loi permit au pays de retrouver une constitution et un équilibre politique. Une vraie victoire pour ce pays 'melting-pot'.

Mais cet anniversaire, fêté en grande pompe la veille des manifestations, avec speeches à la gloire de la démocratie, spectacle et feu d'artifice, bain de foule bien orchestré des membres du gouvernement ( genre 'Chirac à la Foire de l'Agriculture de Paris'), et un "cadeau" inespéré du roi, qui octroie à chaque famille Bahrainienne, 1000 Bahraini Dinars (2000€), a bien un petit goût amer. Du grand art en matière de communication et de management de crise. Mais émetteur et récepteur disposent-ils d'un code commun?

Dialogue de sourds
Aucune télévision locale, aucun journal ne témoigne ici d'une quelconque forme de protestations ou de manifestations dans l'île ce jour.
Il faut tomber sur Al Jazirah TV pour enfin trouver 30 pauvres secondes d'images sur les rues de Bahrain. Pas grand chose: quels jeunes armés de cailloux qui en font trop. Des femmes réunies pour manifester pacifiquement mais qui restent bloquées par les débordements. Dans le centre-ville et les villages Chiites de Budaya/Saar, quelques 1000 à 1500 manifestants se réunissent pour marcher ensemble et crier leurs slogans contre le régime monarchique actuel. Ils sont aussitôt dispersés par des tirs de gaz lacrimo de la Police. Ils se fixent alors par téléphones portables un nouveau lieu de rassemblement. Le jeu du chat et de la souris. Et un mort officiel, à l'heure où je vous écris.
Pas facile le chemin de la démocratie.
Dans le monde arabe, la complainte est la même: "Nous sommes comme nos dromadaires. Nous portons de l'or, mais nous ne mangeons que de l'herbe".

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Reçu le 9 février 2011.
Ambassade de France:
Chers compatriotes,
Comme vous le savez probablement, une série de manifestations se préparent à Bahreïn à travers le réseau social informatique "Facebook", pour les journées des 13 et 14 février 2011, sous le label "DAY OF RAGE".
Les manifestations prévues sont apparemment les suivantes :
1/ le 13 février
Karzakan : 19h30, manifestation de masse
Karzakan : 19h30, nombreux événements
Malkiya : 19-21h, extinction des lumières
Karbabad : 19h30, manifestation de masse + sit-in pacifique
Bal-al-Bahrain : 20h-22h, manifestation en voiture avec klaxonne
2/ le 14 février
Bab-al-Bahrain : 8h00 sit-in pacifique
Sanabis, en face de Géant : 16h00, sit-in de masse pour la libération des prisonniers
Malkiya : 19h00, manifestation de masse
Manama : 20h00, manifestation générale de masse
Il est bien entendu difficile de mesurer le succès que rencontreront ces manifestations, mais l'Ambassade de France vous recommande la prudence. L'ambassade ne manquera pas de vous informer de l'évolution de la situation.

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Reçu le 9 fevrier au soir:
We are aware that protest demonstrations may be held in Bahrain during the evening of 13 and throughout 14 February.
We believe such demonstrations may occur in the following areas: along the Budaiya highway; Aldair village along Aradouse road; near Geant/Bahrain Mall; Bab Al Bahrain and the Manama Souq; Central Manama; Northern villages assembling near AlDiraz Roundabout, Abu Seba'a roundabout, AlZinj Main Street, AlDeeh, Sanabis, and Jid Hafs, then heading towards Pearl Roundabout; Bani Jamrah (heading towards Sar Roundabout); Hamad Town; Sitra Island; Malkiya; Karbabad; Karzakan; and Naim.

However, demonstrations may also occur in other areas of the island, and may spread to highways and / or neighbouring shopping malls.
We have amended our travel advice to reflect the fact of these demonstrations - see http://ukinbahrain.fco.gov.uk. But we cannot confirm in advance what level of disruption this may cause, and for now we are not advising UK residents or UK travellers to Bahrain to take any special steps beyond those already given in the travel advice. We will monitor the situation and send out a further update if this changes.
Our travel advice currently says - please be aware sporadic demonstrations and outbreaks of violence continue at a low level in some parts of the island. Arrests have been made. You should maintain a high level of security awareness, particularly in public places and on major highways. You should avoid large gatherings, crowds and demonstrations, as a number of them have turned violent.
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vendredi 7 janvier 2011

Dix jeunes filles "Emo" arrêtées en Arabie Saoudite






La police religieuse saoudienne a arrêté dix jeunes filles vêtues et maquillées à la mode “emo”, soupçonnées d’avoir provoqué des désordres dans un café, a rapporté samedi le journal Al-Yaum.

Le propriétaire du café, situé dans la ville de Dammam, dans l’est de l’Arabie saoudite, a appelé la Commission de la promotion de la vertu et de la prévention du vice lorsque les jeunes filles ont commencé apparemment à importuner les autres clients.
Le terme “emo”, qui désigne une musique dérivée du punk hardcore, recouvre aussi un style vestimentaire caractérisé par le port de jeans et t-shirts très serrés à l’effigie de groupes “emo”, un maquillage outrancier et des chevelures aux couleurs parfois flashy.


La police religieuse a arrêté les jeunes filles avant d’appeler leurs parents et leur faire signer un engagement aux termes duquel ils allaient s’assurer à l’avenir qu’elles ne réitéreraient pas de tels comportements non islamiques et ne s’habilleraient plus de cette manière.

Selon la presse, de plus en plus de jeunes Saoudiennes ont adopté la mode “emo”, un style populaire dans le reste du monde. Les Saoudiennes doivent apparaître en public entièrement dissimulées par des abbayas et des voiles noirs mais dans certains endroits comme les centres commerciaux ou cafés, certaines ouvrent leur abaya pour montrer des tenues plus “mode” au dessous.

En tant que musulmanes, qu'en pensez vous?

lundi 17 mai 2010

Ci-git le rêve

Chuuut …Silence.
Recueillement.
Je pleure le mort-né. Je l’ai arraché de mon ventre, je l’ai pari au sol, écartelée de rage.
Je l’ai tiré si fort que les murs en résonnent. Même mort, il accrochait ses ongles dans la matrice.
J’ai nettoyé le sang, la bave, la morve et les pleurs. Repris une posture. Puis à l’heure où la maison est vide, écrasée de silence, j’ai creusé le trou, dans le sable du désert. Les genoux ont fléchi. Je le tenais serré, il était si beau encore… et j’ai tout lâché. La haine, le manque, la désillusion, la douleur. Comment ai-je pu me tromper ? Le rêve est mort.
Qu’importe? Ce n’était qu’un rêve. Mais de l’avoir tant frotté, cajolé, nourri, je lui avais prêté vie.
Il y en aura d’autres, oui.
Mais pas comme celui-ci, tout auréolé d’aventures, repu et luisant de jouissances. Dis-moi, mon ami, mon compagnon, mes yeux, ma lumière : Pourquoi le beau devient hideux et le pur devient vice? Et le bonheur, rien qu’un grand champ de pisse…

Ci-git le rêve. Mort de n’avoir pas été désiré. Ou s’il le fut, de ne l’avoir pas su. Mort à petit feu. Comment pardonner? Pendant que toi, tu soignais ton bras, tes côtes et ta queue. Sacrifié sur l’autel de l’«idéologie» - quel joli nom pour l’orgueil ! – ou par un bête manque d’y croire, une absence de combativité, un excès d'ego ou par négligence… Qu’importe, il n’est plus.

«Tu ne comprends pas, disais-tu, je suis le beau papillon. Je deviens l’ombre de moi-même, mais mon ombre est encore pleine de la pédante obsession de mes privilèges perdus… Comment croire en ce rêve, et même en toi, alors que tous m’enculent? Mieux vaut l’asphyxie»

Non, je ne comprends pas, mon ami, mon compagnon, mes yeux, ma lumière. Combien de cadavres faut-il pour te battre autrement? Tes œuvres sont plus grandes que toi, elles veulent de la lumière. Car demain est le jour de tous les possibles. Et moi, je sais. Toi, tu ne le sais pas encore. Je sais que dans ces yeux éblouis qui les caressent sur le papier, il y a ceux d’où vient la manne…

Tu seras bien vieux - Moi, je sais déjà, toi tu ne le sais pas encore – et elle sera toujours collée à ton poitrail, la fulminance, l’écharde, la tête d’épingle. Le sale poinçon d’amertume. Ce qui aurait pu être et n’a jamais été. La clé gaspillée. Oh, rien de vital, bien-sûr. 
Je te souhaite de n’avoir que cela à regretter, mon compagnon de route, mes yeux et ma lumière. Comme moi, je regretterai mon rêve mort-né et mon ami à jamais.

Extrait de "A chacun sa place".
Editions Casterman. haha

mardi 27 avril 2010

L'histoire de Yasmina - la suite

Il y a 8 mois, dans un avion Oman Air à destination de Bahreïn, une drôle d'histoire d'amitié est née entre le siège 15A et le siège 15C.  (cf blog- L' histoire de Yasmina).
Yasmina, l'indienne de Chennai, rentrait chez elle en Inde, après un exil volontaire à Oman.  En transit entre deux villes et deux vies, elle était douce à regarder et émouvante à écouter, avec son corps en morceau et son coeur en fête. Et voyez comme la vie est ironique! J'ai fêté cette année le nouvel an à... Chennai.

Il n'y a pas de hasard. Que des signes. Il me fallait retrouver Yasmina. 
Avec le numéro de téléphone en main, rien de bien compliqué. 
J'eus d'abord en ligne son frère Ahmed (photo): un rendez-vous sur la grande plage de Marina Beach (photo), face aux immeubles dévastés par le tsunami de 
2004.

"Regarde! C'était ici, la maison de Yasmina. Tu vois le trou dans cette façade? 
Un thonier de 18m de long est passé par là, emporté par la vague. Un monstre, un mur d'eau qui a propulsé le bateau à travers l'immeuble, le perçant de part en part. Yasmina et ses filles étaient chez moi. Une chance. Mais ce soir-là, son mari a disparu. Yasmina s'entête à dire qu'il n'est pas mort. Qu'il est perdu et va revenir. Quand elle aborde le sujet, nous, on tourne la tête: there is nothing to say...".


Depuis, la famille a été relogée avec les centaines de voisins en périphérie de la ville, loin de la mer, près du bidonville de Gandhi Nagar. Mais peu les pêcheurs ont accepté de rester dans cette cité éphémère de contre-plaqué où les éboueurs ne passent pas. A quoi bon puisque bientôt, les autorités vont bientôt faire les travaux de reconstruction...
Pourtant, en janvier 2010, rien n'avait changé dans la cité HLM de Marina Beach: pas d'échafaudages ni d'ouvriers. Juste des habitants qui squattent leurs anciens appartements, calfeutrant trous et fissures à coup de papier-maché et de tôles ondulées. Pire encore. Depuis le tsunami, on note à Chennaï la réémergence de plusieurs maladies à vecteurs (dengue,paludisme, chikungunya) et de maladies liées à la pollution de l'eau (Diarrhées, leptospirose). 
"Pourtant, vous voyez ces immeubles flambants neufs derrière nous?" grommelle le frère de Yasmina. "Eux, ils ont poussé comme des champignons". 
Des tours ultra-modernes bordent la longue route de Mamallapuram, que l'on surnomme le IT-Corredor: elles abritent les sièges asiatiques des entreprises multinationales de l'Informatique
L'informatique. La chance de la région. L'oxygène de milliers jeunes dont c'est le seul espoir de travail digne et bien rémunéré. "Un travail propre qui permet d'élever une famille dans la dignité" ajoute Ahmed, "Alors, que voulez-vous? On ne va pas se plaindre..."
C'est bien le rêve de Ritika, la fille ainée de Yasmina: travailler pour Dell, IBM, Apple, Accenture ou Ericsson. Trouver un bon parti dans la même entreprise. Créer sa Start-Up, pourquoi pas?... Et sortir sa mère de l'enfer.
Nous voilà parti - Ahmed, Lisa la soeur et Judy (la plus jeune des filles de Yasmina), pour un périple en Rikshaw (triporteur) dans les rues de Chennai à la rencontre de Ritika, l'espoir de la famille. Aujourd'hui, elle fait un stage de gratte-papier chez Nokia Siemens.  
Les deux triporteurs vrombissent et slaloment au petit bonheur la chance entre vaches et camions, dans le centre historique malmené. Ils longent le pompeux gâteau de briques de sa cour de Justice, héritage colonial des anglais, qui pourrit doucement à l'ombre des sycomores géants. Les larges avenues sont saturées de monde, les déchets encombrent les trottoirs, les boutiques fleurissent entre 3 murs en carton. Chennai est au 2e rand des villes les plus agréables à vivre de l'Inde, derrière New Delhi. Elle n'est pourtant qu'au 177e rang mondial: ordures à l'air libre, pollution et embouteillages...

Nous arrivons enfin à Parrys. Le coeur commerçant de la ville, où Ritika (à gauche avec le badge) est chargée de vérifier des listings de pièces détachées pour l'usine d'assemblage. Brouhahas dans la foule. On s'écarte face à mon appareil photo. Nous décidons d'aller au parc, pour parler de Yasmina, en partageant nos shoarmas.
Car j'oubliais de vous dire, de Yasmina, il n'y a rien d'autre que cela: ses filles, ses proches, son souvenir. Yasmina est repartie
Depuis 2 mois, elle est employée de maison au Koweit, chez un riche émir qui a 3 épouses et une ribambelle d'enfants. Il parait qu'elle va bien. Qu'elle reviendra dans 2 ans.

dimanche 14 février 2010

Love is in the air...



Bahreïn est teintée de rouge

50 tonnes de roses vermillon ont été livrées par voies aériennes dans le Royaume de Bahreïn ce week-end. 






Un Casanova Koweitien a commandé à lui seul 5000 corolles destinées à couvrir le sol de sa maison. Aujourd'hui, dimanche 14 février, jour de la Saint Valentin, les pieds de sa femme ne toucheront que la soie veloutée de pétales écarlates.  Facture: 18.000€.
Un Saoudien a préféré, quant à lui, construire un coeur en fer dans le jardin de sa résidence secondaire et le recouvrir de 3000 boutons carmins pour sa femme. Facture: 9000€.

Même le traditionnel village de Muharraq n'en finit plus d'afficher un souk aux allure de Red Light District. Quant à l'aéroport, il décore chaque passagère au départ ou à l'arrivée de Bahreïn, d'une corolle empourprée. Une bonne action (marketing) du manager du Duty-Free.
Plus insolite sans doute, l'offre d'une des cliniques de chirurgie esthétique de Bahreïn: une opération du nez soldée à moitié prix pour la Saint-Valentin. 
Quelle drôle de société... 

Ecoeurant, me direz-vous?
Sans doute. 
Par nature, l'excès de débordements affectifs à tendance à provoquer, surtout chez les sujets testostéronés, un belle nausée. Le manque de discernement des nantis quant à l'utilisation de leur argent aussi. La Multinationale Cupidon ne connaît pas la crise. Cette semaine, j'ai d'ailleurs lu un passionnant reportage mené par l'un des magazines les plus cotés du Royaume: 
"Comment dépenser 1 million à Bahreïn pour la Saint-Valentin?" (env. 2 millions d'Euros). Malgré tous ses efforts, le journaliste n'a pas réussi à relever le défi. Petite pointure...

Ecoeurant, donc, le concept du 'jour pour l'Amour'. Un peu benêt aussi, je vous l'accorde. Mais envisageable. Possible. Pas interdit, je veux dire. 
Et dans le coin, c'est plutôt une victoire. 
En Arabie, les Saints ne sont pas les bienvenus.  M. Valentin avait beau être un valeureux prêtre BCBG, mariant les  soldats à la barbe de l'Etat pour les soustraire à la guerre, il est devenu un Saint Chrétien en 498 après JC. Quant à son statut de Patron des Jeunes à marier, il le tiendrait de l'Angleterre et de la France, une tradition du XIVe siècle née d'un ravissant poème signé par le Duc d'Orléans à sa femme un 14 février, alors qu'il se morfondait prisonnier dans la tour de Londres.

Même si Jésus - l'apôtre - peut s'enorgueillir de sa sourate dans le Coran (tout comme la vierge Marie), les Saints, eux, n'ont qu'à bien se tenir. 
Rien à dire à Bahrain, Dubaï ou Abu Dhabi. Les hôtels de la ville la plus en faillite du monde sont drapés de rouge et  l'Emirates Palace, le 7 étoiles de l'Emirat d'Abu Dhabi (qui s'est "payé" Dubaï dernièrement), propose aux couples la plus luxueuse suite 8 jours au prix cassé de 1 million de US Dollars.  

En Arabie Saoudite, en revanche c'est un autre topo. La police religieuse de Ryadh (Islam Wahhabite) a effectué hier une descente d'envergure dans tous les magasins et boutiques qui auraient eu le malheur de vendre des objets de couleur rouge.  Le 14 février, les coeurs, les roses, les fleurs rouges même en plastique, les téléphones rouges, voire même les stylos rouge sont devenus des objets de contrebande, confisqués et détruits. Pas de sacs à mains rouges ni de cadeaux enveloppés de papier carmin. Les roses s'arrachent à 80€ pièce au marché noir...
Interdit de voir rouge! 
Sauf les feux de circulation et les canettes de Coca-Cola, il va sans dire. 
"Ceux qui ne se plient pas à la Loi seront gravement punis" stipulait la police religieuse, dans les journaux saoudiens, sans toutefois spécifier comment. 

Officiellement, les (bons) musulmans ne célèbrent pas la Saint-Valentin. Ni même les anniversaires ou la fête des mères. Niet. Nada.
Premièrement parce que le calendrier des fêtes religieuses est strict, sans possibilité d'ajout ou d'élimination. Il a été déterminé par Allah et son messager -Ibn Taymiyyah may Allah.

Ensuite parce que la fête de la Saint-Valentin, anciennement fête romaine des Lupercales antérieure à l'Islam, célébrait la félicité de l'amour physique et la fertilité, avant d'être récupérée par les Chrétiens. Les prêtres de Lupercus sacrifiaient des chèvres et couraient les rues de Rome en petite tenue pour toucher les passantes afin de les rendre fertiles! 

Enfin parce que l'amour que prône le Saint Chrétien, aussi romantique qu'il soit, aboutit -au lieu de commencer- par un sacrement de mariage. Autrement dit, on s'aime puis on se marie. Et non l'inverse. Haraam! (péché)

Bref, peu importe. Demain, en Arabie Saoudite, les objets rouges reprendront leur place dans les vitrines, comme si de rien était. De contrebande, elles reprendront le statut de marchandises légales.  Demain, à Bahreïn, les amoureux saoudiens du week-end passeront le grand pont de 20kms qui les ramènent dans leur Royaume, le coeur en fête.
Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, cette fête, réjouissons-nous au moins d'avoir le choix de la célébrer ou pas. 










samedi 13 juin 2009

Le voile dévoilé


Arabie Saoudite : Le roi de la lingerie, Eres, s'installe au pays du voile


Droite: Ceinture de maternité. © Suzie
A gauche: l'album de Kate Perry, one of the boys.















En Arabie Saoudite, les femmes n’ont quasiment aucun droit -notamment pas celui de conduire-  et ne peuvent sortir de chez elles que voilées de la tête aux pieds. Et pourtant, elles sont aussi friandes de lingerie que les occidentales.  

L’Arabie Saoudite – l’un des pays les plus conservateurs au monde - est aujourd’hui le plus gros consommateur de lingerie du Moyen-Orient, devant Dubaï la branchée ou Bahreïn la libérale.

Une aubaine pour les marques françaises. Mais placer les nouvelles collections dans les rayons saoudiens relève du parcours du combattant. 

Car montrer la peau nue d'une femme est interdit en Arabie saoudite, que ce soit sur un CD,  l'emballage d'un savon ou l'étiquette d'un soutien-gorge. Les produits "immoraux" ne sont pourtant pas interdits à l'importation. Le gouvernement s'attache donc les services d'une armée d'agents de la police religieuse qui, marqueur en main, passent leurs journées à rhabiller les pin-up des magazines. 

Parfois, le corps entier de la femme est gribouillé au marqueur, comme sur la photo de cet emballage de ceinture pour femme enceinte. Mais la censure peut être plus soignée. Dans ce cas, seules les parties du corps de la femme considérées comme choquantes sont noircies.

Le gouvernement saoudien paie les agents de la Commission pour la Promotion de la Vertu et la Prévention du Vice (CVPVP) pour enlever l'emballage plastique des CD, ouvrir la boîte, retirer les photos et colorier au feutre, avec minutie, sans dépasser, celles qui montrent des parties du corps féminin jugées choquantes. Les agents de la CVPVP sont appelés les 'Muttawa'. Leur rôle est de s'assurer que les citoyens suivent strictement les règles de conduite applicables au musulmans (Sharia), notamment en ce qui concerne les vêtements, les rapports sociaux, la moralité et la prière. Ils sont environ 10.000, répartis dans 500 centres sur tout le territoire. On leur doit entre autres, le retrait de la poupée Barbie des magasins de jouets, au profit de Fulla, la poupée religieusement correcte Made in Islam, qui porte hidjab et abbaya. Dans les pays du golf, elle est vendue avec son tapis de prière.

Que de sacrifices ces nobles policiers des moeurs ne doivent-ils pas endurer pour le bien de leurs concitoyens!




 

Prise de tête:

"The reasonable man adapts himself to the world. The unreasonable one persists in trying to adapt the world to himself. Therefore, all progress depends on the unreasonable man". George Bernard Shaw (1856 - 1950)