lundi 17 mai 2010

Ci-git le rêve

Chuuut …Silence.
Recueillement.
Je pleure le mort-né. Je l’ai arraché de mon ventre, je l’ai pari au sol, écartelée de rage.
Je l’ai tiré si fort que les murs en résonnent. Même mort, il accrochait ses ongles dans la matrice.
J’ai nettoyé le sang, la bave, la morve et les pleurs. Repris une posture. Puis à l’heure où la maison est vide, écrasée de silence, j’ai creusé le trou, dans le sable du désert. Les genoux ont fléchi. Je le tenais serré, il était si beau encore… et j’ai tout lâché. La haine, le manque, la désillusion, la douleur. Comment ai-je pu me tromper ? Le rêve est mort.
Qu’importe? Ce n’était qu’un rêve. Mais de l’avoir tant frotté, cajolé, nourri, je lui avais prêté vie.
Il y en aura d’autres, oui.
Mais pas comme celui-ci, tout auréolé d’aventures, repu et luisant de jouissances. Dis-moi, mon ami, mon compagnon, mes yeux, ma lumière : Pourquoi le beau devient hideux et le pur devient vice? Et le bonheur, rien qu’un grand champ de pisse…

Ci-git le rêve. Mort de n’avoir pas été désiré. Ou s’il le fut, de ne l’avoir pas su. Mort à petit feu. Comment pardonner? Pendant que toi, tu soignais ton bras, tes côtes et ta queue. Sacrifié sur l’autel de l’«idéologie» - quel joli nom pour l’orgueil ! – ou par un bête manque d’y croire, une absence de combativité, un excès d'ego ou par négligence… Qu’importe, il n’est plus.

«Tu ne comprends pas, disais-tu, je suis le beau papillon. Je deviens l’ombre de moi-même, mais mon ombre est encore pleine de la pédante obsession de mes privilèges perdus… Comment croire en ce rêve, et même en toi, alors que tous m’enculent? Mieux vaut l’asphyxie»

Non, je ne comprends pas, mon ami, mon compagnon, mes yeux, ma lumière. Combien de cadavres faut-il pour te battre autrement? Tes œuvres sont plus grandes que toi, elles veulent de la lumière. Car demain est le jour de tous les possibles. Et moi, je sais. Toi, tu ne le sais pas encore. Je sais que dans ces yeux éblouis qui les caressent sur le papier, il y a ceux d’où vient la manne…

Tu seras bien vieux - Moi, je sais déjà, toi tu ne le sais pas encore – et elle sera toujours collée à ton poitrail, la fulminance, l’écharde, la tête d’épingle. Le sale poinçon d’amertume. Ce qui aurait pu être et n’a jamais été. La clé gaspillée. Oh, rien de vital, bien-sûr. 
Je te souhaite de n’avoir que cela à regretter, mon compagnon de route, mes yeux et ma lumière. Comme moi, je regretterai mon rêve mort-né et mon ami à jamais.

Extrait de "A chacun sa place".
Editions Casterman. haha

mardi 27 avril 2010

L'histoire de Yasmina - la suite

Il y a 8 mois, dans un avion Oman Air à destination de Bahreïn, une drôle d'histoire d'amitié est née entre le siège 15A et le siège 15C.  (cf blog- L' histoire de Yasmina).
Yasmina, l'indienne de Chennai, rentrait chez elle en Inde, après un exil volontaire à Oman.  En transit entre deux villes et deux vies, elle était douce à regarder et émouvante à écouter, avec son corps en morceau et son coeur en fête. Et voyez comme la vie est ironique! J'ai fêté cette année le nouvel an à... Chennai.

Il n'y a pas de hasard. Que des signes. Il me fallait retrouver Yasmina. 
Avec le numéro de téléphone en main, rien de bien compliqué. 
J'eus d'abord en ligne son frère Ahmed (photo): un rendez-vous sur la grande plage de Marina Beach (photo), face aux immeubles dévastés par le tsunami de 
2004.

"Regarde! C'était ici, la maison de Yasmina. Tu vois le trou dans cette façade? 
Un thonier de 18m de long est passé par là, emporté par la vague. Un monstre, un mur d'eau qui a propulsé le bateau à travers l'immeuble, le perçant de part en part. Yasmina et ses filles étaient chez moi. Une chance. Mais ce soir-là, son mari a disparu. Yasmina s'entête à dire qu'il n'est pas mort. Qu'il est perdu et va revenir. Quand elle aborde le sujet, nous, on tourne la tête: there is nothing to say...".


Depuis, la famille a été relogée avec les centaines de voisins en périphérie de la ville, loin de la mer, près du bidonville de Gandhi Nagar. Mais peu les pêcheurs ont accepté de rester dans cette cité éphémère de contre-plaqué où les éboueurs ne passent pas. A quoi bon puisque bientôt, les autorités vont bientôt faire les travaux de reconstruction...
Pourtant, en janvier 2010, rien n'avait changé dans la cité HLM de Marina Beach: pas d'échafaudages ni d'ouvriers. Juste des habitants qui squattent leurs anciens appartements, calfeutrant trous et fissures à coup de papier-maché et de tôles ondulées. Pire encore. Depuis le tsunami, on note à Chennaï la réémergence de plusieurs maladies à vecteurs (dengue,paludisme, chikungunya) et de maladies liées à la pollution de l'eau (Diarrhées, leptospirose). 
"Pourtant, vous voyez ces immeubles flambants neufs derrière nous?" grommelle le frère de Yasmina. "Eux, ils ont poussé comme des champignons". 
Des tours ultra-modernes bordent la longue route de Mamallapuram, que l'on surnomme le IT-Corredor: elles abritent les sièges asiatiques des entreprises multinationales de l'Informatique
L'informatique. La chance de la région. L'oxygène de milliers jeunes dont c'est le seul espoir de travail digne et bien rémunéré. "Un travail propre qui permet d'élever une famille dans la dignité" ajoute Ahmed, "Alors, que voulez-vous? On ne va pas se plaindre..."
C'est bien le rêve de Ritika, la fille ainée de Yasmina: travailler pour Dell, IBM, Apple, Accenture ou Ericsson. Trouver un bon parti dans la même entreprise. Créer sa Start-Up, pourquoi pas?... Et sortir sa mère de l'enfer.
Nous voilà parti - Ahmed, Lisa la soeur et Judy (la plus jeune des filles de Yasmina), pour un périple en Rikshaw (triporteur) dans les rues de Chennai à la rencontre de Ritika, l'espoir de la famille. Aujourd'hui, elle fait un stage de gratte-papier chez Nokia Siemens.  
Les deux triporteurs vrombissent et slaloment au petit bonheur la chance entre vaches et camions, dans le centre historique malmené. Ils longent le pompeux gâteau de briques de sa cour de Justice, héritage colonial des anglais, qui pourrit doucement à l'ombre des sycomores géants. Les larges avenues sont saturées de monde, les déchets encombrent les trottoirs, les boutiques fleurissent entre 3 murs en carton. Chennai est au 2e rand des villes les plus agréables à vivre de l'Inde, derrière New Delhi. Elle n'est pourtant qu'au 177e rang mondial: ordures à l'air libre, pollution et embouteillages...

Nous arrivons enfin à Parrys. Le coeur commerçant de la ville, où Ritika (à gauche avec le badge) est chargée de vérifier des listings de pièces détachées pour l'usine d'assemblage. Brouhahas dans la foule. On s'écarte face à mon appareil photo. Nous décidons d'aller au parc, pour parler de Yasmina, en partageant nos shoarmas.
Car j'oubliais de vous dire, de Yasmina, il n'y a rien d'autre que cela: ses filles, ses proches, son souvenir. Yasmina est repartie
Depuis 2 mois, elle est employée de maison au Koweit, chez un riche émir qui a 3 épouses et une ribambelle d'enfants. Il parait qu'elle va bien. Qu'elle reviendra dans 2 ans.

dimanche 14 février 2010

Love is in the air...



Bahreïn est teintée de rouge

50 tonnes de roses vermillon ont été livrées par voies aériennes dans le Royaume de Bahreïn ce week-end. 






Un Casanova Koweitien a commandé à lui seul 5000 corolles destinées à couvrir le sol de sa maison. Aujourd'hui, dimanche 14 février, jour de la Saint Valentin, les pieds de sa femme ne toucheront que la soie veloutée de pétales écarlates.  Facture: 18.000€.
Un Saoudien a préféré, quant à lui, construire un coeur en fer dans le jardin de sa résidence secondaire et le recouvrir de 3000 boutons carmins pour sa femme. Facture: 9000€.

Même le traditionnel village de Muharraq n'en finit plus d'afficher un souk aux allure de Red Light District. Quant à l'aéroport, il décore chaque passagère au départ ou à l'arrivée de Bahreïn, d'une corolle empourprée. Une bonne action (marketing) du manager du Duty-Free.
Plus insolite sans doute, l'offre d'une des cliniques de chirurgie esthétique de Bahreïn: une opération du nez soldée à moitié prix pour la Saint-Valentin. 
Quelle drôle de société... 

Ecoeurant, me direz-vous?
Sans doute. 
Par nature, l'excès de débordements affectifs à tendance à provoquer, surtout chez les sujets testostéronés, un belle nausée. Le manque de discernement des nantis quant à l'utilisation de leur argent aussi. La Multinationale Cupidon ne connaît pas la crise. Cette semaine, j'ai d'ailleurs lu un passionnant reportage mené par l'un des magazines les plus cotés du Royaume: 
"Comment dépenser 1 million à Bahreïn pour la Saint-Valentin?" (env. 2 millions d'Euros). Malgré tous ses efforts, le journaliste n'a pas réussi à relever le défi. Petite pointure...

Ecoeurant, donc, le concept du 'jour pour l'Amour'. Un peu benêt aussi, je vous l'accorde. Mais envisageable. Possible. Pas interdit, je veux dire. 
Et dans le coin, c'est plutôt une victoire. 
En Arabie, les Saints ne sont pas les bienvenus.  M. Valentin avait beau être un valeureux prêtre BCBG, mariant les  soldats à la barbe de l'Etat pour les soustraire à la guerre, il est devenu un Saint Chrétien en 498 après JC. Quant à son statut de Patron des Jeunes à marier, il le tiendrait de l'Angleterre et de la France, une tradition du XIVe siècle née d'un ravissant poème signé par le Duc d'Orléans à sa femme un 14 février, alors qu'il se morfondait prisonnier dans la tour de Londres.

Même si Jésus - l'apôtre - peut s'enorgueillir de sa sourate dans le Coran (tout comme la vierge Marie), les Saints, eux, n'ont qu'à bien se tenir. 
Rien à dire à Bahrain, Dubaï ou Abu Dhabi. Les hôtels de la ville la plus en faillite du monde sont drapés de rouge et  l'Emirates Palace, le 7 étoiles de l'Emirat d'Abu Dhabi (qui s'est "payé" Dubaï dernièrement), propose aux couples la plus luxueuse suite 8 jours au prix cassé de 1 million de US Dollars.  

En Arabie Saoudite, en revanche c'est un autre topo. La police religieuse de Ryadh (Islam Wahhabite) a effectué hier une descente d'envergure dans tous les magasins et boutiques qui auraient eu le malheur de vendre des objets de couleur rouge.  Le 14 février, les coeurs, les roses, les fleurs rouges même en plastique, les téléphones rouges, voire même les stylos rouge sont devenus des objets de contrebande, confisqués et détruits. Pas de sacs à mains rouges ni de cadeaux enveloppés de papier carmin. Les roses s'arrachent à 80€ pièce au marché noir...
Interdit de voir rouge! 
Sauf les feux de circulation et les canettes de Coca-Cola, il va sans dire. 
"Ceux qui ne se plient pas à la Loi seront gravement punis" stipulait la police religieuse, dans les journaux saoudiens, sans toutefois spécifier comment. 

Officiellement, les (bons) musulmans ne célèbrent pas la Saint-Valentin. Ni même les anniversaires ou la fête des mères. Niet. Nada.
Premièrement parce que le calendrier des fêtes religieuses est strict, sans possibilité d'ajout ou d'élimination. Il a été déterminé par Allah et son messager -Ibn Taymiyyah may Allah.

Ensuite parce que la fête de la Saint-Valentin, anciennement fête romaine des Lupercales antérieure à l'Islam, célébrait la félicité de l'amour physique et la fertilité, avant d'être récupérée par les Chrétiens. Les prêtres de Lupercus sacrifiaient des chèvres et couraient les rues de Rome en petite tenue pour toucher les passantes afin de les rendre fertiles! 

Enfin parce que l'amour que prône le Saint Chrétien, aussi romantique qu'il soit, aboutit -au lieu de commencer- par un sacrement de mariage. Autrement dit, on s'aime puis on se marie. Et non l'inverse. Haraam! (péché)

Bref, peu importe. Demain, en Arabie Saoudite, les objets rouges reprendront leur place dans les vitrines, comme si de rien était. De contrebande, elles reprendront le statut de marchandises légales.  Demain, à Bahreïn, les amoureux saoudiens du week-end passeront le grand pont de 20kms qui les ramènent dans leur Royaume, le coeur en fête.
Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, cette fête, réjouissons-nous au moins d'avoir le choix de la célébrer ou pas. 










samedi 13 juin 2009

Le voile dévoilé


Arabie Saoudite : Le roi de la lingerie, Eres, s'installe au pays du voile


Droite: Ceinture de maternité. © Suzie
A gauche: l'album de Kate Perry, one of the boys.















En Arabie Saoudite, les femmes n’ont quasiment aucun droit -notamment pas celui de conduire-  et ne peuvent sortir de chez elles que voilées de la tête aux pieds. Et pourtant, elles sont aussi friandes de lingerie que les occidentales.  

L’Arabie Saoudite – l’un des pays les plus conservateurs au monde - est aujourd’hui le plus gros consommateur de lingerie du Moyen-Orient, devant Dubaï la branchée ou Bahreïn la libérale.

Une aubaine pour les marques françaises. Mais placer les nouvelles collections dans les rayons saoudiens relève du parcours du combattant. 

Car montrer la peau nue d'une femme est interdit en Arabie saoudite, que ce soit sur un CD,  l'emballage d'un savon ou l'étiquette d'un soutien-gorge. Les produits "immoraux" ne sont pourtant pas interdits à l'importation. Le gouvernement s'attache donc les services d'une armée d'agents de la police religieuse qui, marqueur en main, passent leurs journées à rhabiller les pin-up des magazines. 

Parfois, le corps entier de la femme est gribouillé au marqueur, comme sur la photo de cet emballage de ceinture pour femme enceinte. Mais la censure peut être plus soignée. Dans ce cas, seules les parties du corps de la femme considérées comme choquantes sont noircies.

Le gouvernement saoudien paie les agents de la Commission pour la Promotion de la Vertu et la Prévention du Vice (CVPVP) pour enlever l'emballage plastique des CD, ouvrir la boîte, retirer les photos et colorier au feutre, avec minutie, sans dépasser, celles qui montrent des parties du corps féminin jugées choquantes. Les agents de la CVPVP sont appelés les 'Muttawa'. Leur rôle est de s'assurer que les citoyens suivent strictement les règles de conduite applicables au musulmans (Sharia), notamment en ce qui concerne les vêtements, les rapports sociaux, la moralité et la prière. Ils sont environ 10.000, répartis dans 500 centres sur tout le territoire. On leur doit entre autres, le retrait de la poupée Barbie des magasins de jouets, au profit de Fulla, la poupée religieusement correcte Made in Islam, qui porte hidjab et abbaya. Dans les pays du golf, elle est vendue avec son tapis de prière.

Que de sacrifices ces nobles policiers des moeurs ne doivent-ils pas endurer pour le bien de leurs concitoyens!




 

mercredi 27 mai 2009

Le culot de Khaleda




Photo © Ali Al Riffal


KHALEDA est belle et elle s'en balance.
Ce qui la fait kiffer - comme on dit- c'est la Mode.

Toute petite déjà, quand elle regardait un grand classique à la télé, elle se changeait en même temps l'actrice...

A 25 ans, elle a fait plaisir à papa en empochant un Master en Marketing à Boston (USA) comme une grande. Elle en a surtout profité pour mettre les voiles (sic) loin de Bahreïn et flairer l'air du temps dans la "grande Amérique", écumer NYC et les bars branchés, se frotter aux différents courants de la "Fashion", la vraie.
Surprise! Le monde n'est pas qu'abbayas noires et robes de gala. Il est plein de punks, de gothiques tout en noir, d'affreux Marylin Manson, d'ubersexuels plutôt sexy, de techno-beat, de nostalgiques du disco accro au fluo, de Power Flower nostalgiques, de beachwear ou de dingues de chanvre et de coton bio...

Elle revient à Bahreïn des idées plein la tête, bien décidée à devenir un grand nom de la mode. Khaleda Rajab Couture est né. (Prononcez Jalida RRadjab Keuteure)

Et ce petit brin de femme a du panache, si ce n'est du talent.
Aidée largement par les fonds du paternel, elle vampirise le web, digère les infos des télés ou des magazines de mode, se fait livrer les plus belles étoffes d'Inde et de Paris, qu'elle décortique, coupe, lacère ou coud sans frémir pour parfois certes se planter! Mais non, petit à petit, ça vient... Des modèles de robes impressionnants, une mode de fée orientale moderne, de princesse culotée qui mixe les genres et les matières: plumes, plastic, paillettes et silicone...

Certes, elle dispose d'une petite armée de couturiers indiens et du compte bancaire étoffé de son businessman de papa pour courir après ses rêves. N'empèche, elle en veut la gamine. Elle se voit déjà en haut de l'affiche et elle bosse pour ça.

Demain, son défilé fera l'ouverture de la Fashion Week de Bahreïn.
Avec Khaleda, "quand on veut, on peut".

Link : http://www.ameinfo.com/197591.html


mardi 19 mai 2009

L'histoire de Yasmina

Elle s'appelle Yasmina et elle était assise au siège 15 C.
Ce jour-là, dans l'avion Gulfair presque vide qui reliait Mascate à Bahrain, j'étais assise au 15 A.

Yasmina, je l'avais dans le collimateur.
Elle était arrivée en retard au check-in, avait fait un souk dans la queue d'embarquement en Tamoul, puis avait disparu entre deux policiers. Et maintenant, tout l'avion l'attendait pour décoller...

Indifférente aux regards hostiles, elle est passée entre les sièges avec un port de reine. De reine déchue, peut-être. Elle s'est assise à coté de moi, saluant poliment, sans un mot. L'avion s'est ébranlé, les passagers ont soupiré d'aise. L'hôtesse de l'air zélée a entamé la procédure de décollage, jonglant avec son gilet de sauvetage, indiquant les issues de secours avec la fierté d'une maîtresse de maison qui dévoile son plan de table... Et Yasmina souriait, les yeux fermés.

Puis elle s'est mise à parler. D'abord sans me regarder. J'ai cru qu'elle priait. Et puis, non. Elle s'est tournée vers moi. 35 ans qui en paraissent 50. Les yeux cernés, sérieux et lourds d'une vie de peine, mais joyeux encore. Plein d'espoir et de détermination.

"Pas facile, la vie à Chennai (Inde), chez moi, tu sais. J'ai deux filles au Collège. Un jour, elles seront docteur. Mais d'abord il faut payer, payer et payer encore. Ils sont beaux tes enfants. Tu dois faire d'autres, tu les fais bien. Tu es belle, tu es jeune encore (sic). Tu es faite pour faire des enfants. Tu as de l'aide à la maison? Tu as besoin d'une nounou?
Tu sais, je viens de vivre presque 2 mois à Salalah, à Oman. J'ai laissé mon travail là-bas hier. J'étais dans une famille Omanaise. Madame avait 10 enfants - 8 filles et 2 garçons- et fin mai elle va accoucher du 11e bébé. Tu te rends compte? 11 enfants... C'est beau ça. Mais je ne serai pas là pour voir si c'est un garçon ou une fille. Je dois partir. C'est dur de la laisser seule, sans aide, si prêt de son accouchement mais je ne peux pas rester. Tous les soirs, son mari venait dans ma chambre. Tous les soirs, je lui disais: "Je suis ton employée, pas ton épouse. Retourne chez toi, ta femme a besoin de toi. Retourne dans ton lit. Tu n'as pas le droit de me faire ça. Laisse-moi me reposer, je suis fatiguée...". Tu imagines? Dix enfants, le ménage, la cuisine, la lessive avec chaque jour des tonnes de dishdashas et de abbayas à repasser, les draps, les couches en tissus, les serviettes... Mais moi, ça m'est égal de travailler. Je ne sais pas faire autre chose. Je suis courageuse. Je n'ai pas peur des lourdes tâches. Mais la nuit, il n'avait pas le droit de me faire ça. Me toucher, m'ennuyer. Je n'ai pas réussi à l'arrêter. Pas assez forte...
J'ai du me me décider à faire quelque chose. Vite.
Tu vois, les employés de maison comme moi qui viennent d'Inde, du Sri-Lanka, de Somalie ou des Philippines, ils ont deux mois d'essai et après, ils ne peuvent plus annuler leur contrat, revenir en arrière. Nos passeports sont entre les mains de nos employeurs et s'ils ne veulent pas nous laisser partir, on ne peut rien faire. Tu dois honorer ton contrat de 2 ans avant de pouvoir retourner chez toi. C'est la loi. Moi, je leur ai dit que je voulais partir avant la fin de la période d'essai, que c'était mon droit. Malgré cela, monsieur ne voulait pas.
Alors, j'ai attaqué une grève de la faim. Pendant 5 jours, je ne suis pas sortie de ma chambre, je n'ai pas mangé, pas bu, je ne me suis pas lavée. Ils ont appelé le médecin. Et c'est lui qui a appelé la Police. Voilà. Ils m'ont accompagné jusqu'à l'aéroport. Monsieur a dû payer mon billet d'avion jusqu'à chez moi, me rendre mon passeport. C'est la loi.
Mais Monsieur a été méchant jusqu'au bout, tu sais. Moi, je ne sais pas lire. Sur mon billet d'avion, je ne pouvais pas savoir ce qu'il y avait marqué. C'est ici, à l'embarquement, que l'hôtesse de Gulfair m'a dit que je partais pour Ramanathapuram, et non pas Chennai, ma ville. Tu peux le croire, ça? J'ai refusé d'embarquer. Pour aller où? Dans une ville que je ne connais pas, sans argent, sans personne, à 600km de chez moi?...
Heureusement, la Police a payé le billet de Ramanathapuram à Chennai. Monsieur devra leur rembourser. Ils ont été corrects, ces policiers, tu sais. C'était quand même 60 Rials (120€) de supplément... un mois de mon salaire!

Je suis déjà restée 5 ans à Dubaï où j'ai fait un "jump" (Faire un "Jumping": partir de chez son employeur, en lui laissant le passeport, pour accepter une place plus lucrative ailleurs mais en tant qu'illégal). J'ai travaillé 2 ans en Arabie Saudite, 2 ans à Oman dans le passé. Je parle arabe couramment. Si tu as besoin de quelqu'un, n'hésite pas à m'appeler à Chennai. Je viendrai. je t'aime bien. Mais pas tout de suite. Je veux d'abord voir mes filles et un peu me reposer... "

Yasmina- le 10 mai 2009.



vendredi 24 octobre 2008

Les petits gars de la marine iranienne

Une «attaque en bande, comme des loups» contre les bateaux américains: c'est la tactique de guerre éclair mise au point par la marine iranienne dans les eaux du golfe Arabo-Persique, en riposte à d'éventuelles frappes contre les installations nucléaires de Téhéran. Pilotées par les pasdarans, les fanatiques gardiens de la révolution islamique en Iran, ces petites vedettes simulent pour l'exercice des attaques éclair sur des navires occidentaux croisant dans les eaux internationales. Des attentats aux bateaux suicides qui «ne laisseront aucune chance de s'enfuir aux ennemis», avertit Ali Shirazi, représentant du guide suprême, qui menace de mettre le feu à Tel-Aviv et à la flotte américaine dans le Golfe, en cas d'attaque contre l'Iran.

Cette action de guérilla maritime est redoutée par Bahreïn et tous les pays arabes, impuissants, sur l'autre rive du Golfe. Fin août, les marines de plusieurs monarchies ont repéré un «durcissement» de l'activité des pasdarans dans les eaux internationales. Bluff ou non de la part de Téhéran? On redoute le faux pas, qui déclencherait les hostilités.

Une chose est certaine: aucune installation militaire ou politique américaine dans le Golfe n'est à l'abri de frappes de rétorsion iraniennes… D'une portée de 150 à 500 km, leurs 450 missiles sol-sol peuvent tous atteindre les sites de l'armée américaine, de la base d'al-Udeid au Qatar, à celle de Bahreïn (à 10km de chez moi) ou aux installations pétrolières saoudiennes, les objectifs ne manquent pas. L'Iran a mis en garde les pays arabes qui autoriseraient les Américains à utiliser leur territoire pour attaquer la République islamique. 

Mais l'attaque la plus directe n'est pas forcément la pire. Il y a aussi les alliances de circonstances. Dans les monarchies du Golfe, l'Iran pourrait s'appuyer sur les minorités chiites, souvent victimes de discriminations de la part des régimes sunnites en place. Que ce soit en Arabie saoudite, au Koweït, et a fortiori à Bahreïn, où les chiites (majoritaires) manifestent parfois violemment… Certains membres du clergé n'auraient aucun mal à y mobiliser des foules. Dans le passé, des attentats ont été commis par des chiites inspirés par Téhéran, notamment en 1996, contre le site pétrolier d'al-Khobar en Arabie saoudite et en 2006, à Bahreïn, durant les élections parlementaires et municipales. 

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi Sarkozy - parfois inspiré - a parlé de «catastrophe» les conséquences d'une frappe américaine ou israélienne contre l'Iran. 

En bref, votez OBAMA!

D'après Tunisia Today, Le Figaro et Iran-Resist




Prise de tête:

"The reasonable man adapts himself to the world. The unreasonable one persists in trying to adapt the world to himself. Therefore, all progress depends on the unreasonable man". George Bernard Shaw (1856 - 1950)